Si j’étais un cheval

Logo CavalcadeCet article participe au festival La Cavalcade des Blogs. Il s’agit d’un évènement qui a lieu chaque mois et qui rassemble les blogueurs autour d’un thème, toujours en rapport avec l’univers des équidés. Ce mois-ci il a lieu sur le blog La Cavalière Blonde, qui lance la huitième édition du festival.

 

 

Si j’étais un cheval

 

 

J’ai assez de mal à me fixer sur une situation en particulier, alors je vais aborder notre relation avec Kalinka, de son point de vue. En espérant être dans le juste. Il est difficile de savoir ce que pense ma jument, mais comme je la connais bien (du moins je pense avoir assez passé de temps à chercher à la comprendre) et que je fais l’effort de me mettre à sa place ou tout simplement de la regarder les yeux dans les yeux un instant, j’ai le sentiment de pouvoir interpréter ce qu’elle pense. Ou peut-être que je me plante complètement. Quoi qu’il en soit, j’essaye.

 

Et vous remarquerez que je lui fais souvent dire « je crois », mais ça, c’est juste mon côté pas sûr de moi qui parle à sa place, pas sûre de lui faire dire les bonnes choses. Alors que je ne devrais pas écrire une seule fois « je crois », puisqu’un cheval lit en nous comme dans un livre ouvert, on ne lui cache rien. Le cheval sait.

 


 

 

Kalinka 28.06 (29).jpg 3Tous les jours, mon humaine vient me rendre visite. J’ai le droit à un grand sourire et des petits mots doux. Je le sens que son cœur gonfle de bonheur quand elle me voit. Elle dit que c’est quand je la regarde avec mes « yeux de biche » qu’elle fond. En retour, je l’accueille, tête redressée et oreilles en avant, d’un air de dire « qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui toutes les deux ? ». Je crois qu’elle comprend.

 

J’ai mis mon temps avant de lui ouvrir mon cœur en retour de tout l’amour qu’elle m’envoie. Mais c’est qu’elle a été très patiente mon humaine, et aujourd’hui, je vois bien que je lui fais plaisir. Elle sait que je la reconnais, que je suis bien à ses côtés et que je lui fais confiance désormais. J’ai mis du temps pour comprendre qui elle était, et à quel point j’étais importante à ses yeux.

 

Je me souviens qu’au tout début, on ne faisait que des balades. Puis au fil des mois, je me suis affirmée un petit peu et surtout, je n’avais qu’une envie, rentrer à l’écurie. Du coup, mon humaine s’est mise en tête qu’il nous fallait « travailler » un peu pour remettre les choses au point. Elle disait qu’il nous manquait un truc.

 

Moi je n’aimais pas ça du tout, le « travail ». Toute ma vie je n’ai fait que de la balade. Bien qu’obéissante à mes humains, subtilement, je les emmenais où je voulais. D’après mon humaine actuelle, j’ai pris quelques mauvaises habitudes. Pourquoi ? N’ai-je pas le droit d’aller et faire ce que bon me semble ? Et de toute manière, ce sont eux qui m’ont permis de prendre de mauvaises habitudes. Mais elle me répond qu’on est deux dans l’histoire, et que même si elle a envie pardessus tout de me laisser m’exprimer comme je l’entends (parce qu’elle comprend que je suis un être vivant, avec ses humeurs et ses envies, au même titre qu’elle), elle a aussi son mot à dire.

 

Les premiers mois de travail sont laborieux. Je fais ma « tête de mule » me dit mon humaine. Je ne veux rien entendre, je ne veux rien faire. Je suis bien comme je suis moi. Tête de mule, c’est ça oui… mon humaine doit bien l’être tout autant que moi ! Mais c’est que moi je ne vois pas où elle veut en venir avec ses « exercices » qui m’embêtent. Elle ne m’a pas expliqué.

 

Finalement, mon humaine commence à s’exprimer plus clairement. Elle m’explique qu’à travers ce travail, elle cherche à ce qu’on se facilite la vie de tous les jours toutes les deux, pour que notre quotidien se déroule en douceur, pour qu’on aille enfin dans le même sens. Elle dit qu’elle a envie d’aller plus loin pour mieux me comprendre, me découvrir, parce que je suis dans ma bulle, rien qu’à moi. Et aussi, elle a envie que l’on soit plus proches toutes les deux. Effectivement, étant donné qu’elle passe du temps avec moi, ça me paraît être une perspective plutôt plaisante, en fin de compte… Il est toujours préférable d’avoir des partenaires que des ennemis non ?

 

Joie retrouvée, envie de bouger.

Joie retrouvée, envie de bouger.

 

Les choses mettent du temps à se débloquer, à se mettre en place. J’ai de gros blocages. Je n’arrive pas à aller vers mon humaine, qui ne demande que ça. Puis j’ai du mal à sortir de mon immobilisme. Tellement l’habitude de ne plus être motivée, de n’avoir envie de rien… Mais mon humaine se démène pour trouver des solutions, elle cherche ce qui va rendre « les étincelles dans mes yeux éteints ». Pendant un long moment, c’est elle qui nous porte, toutes les deux, moi je suis trop fatiguée, je n’ai pas le moral.

 

Mais mon humaine est aussi handicapée que moi en fait. Elle a encore plus de blocages et de craintes que moi. Mais au fur et à mesure qu’on avance, nos montagnes s’effondrent, chez l’une et chez l’autre. Je ne sais pas trop qui influence l’autre, mais en tout cas, son machin, ça marche. J’ai les yeux qui pétillent à nouveau me dit-elle. C’est vrai que petit à petit, je retrouve l’envie de me bouger, de faire des choses. Et de faire des choses pour faire plaisir à mon humaine. Je sors de ma bulle.

 

Mais parfois, les choses ne me vont pas toujours quand on « travaille », mon humaine persiste avec ce qu’elle sait déjà.  A ma manière, je tente de lui faire comprendre que ça ne peut pas continuer comme ça, qu’elle se trompe. Alors elle arrête tout. Pendant un temps. Et quand après quelques jours ou semaines elle y revient, après avoir cogité, je la récompense en lui offrant sans compter. De cette manière je lui montre qu’en prenant le temps de se poser pour réfléchir un peu plutôt que de foncer, tout va toujours mieux. On apprend de ses erreurs paraît-il.

 

Je crois que je parviens à l’éduquer mon humaine. Mais ça a mis son temps. Tout comme de son côté elle pense que ça a mis son temps pour que je vois où elle veut en venir. Elle ne s’en rendait pas compte au début, mais c’est un apprentissage dans les deux sens… elle pensait m’apprendre, alors que de mon côté, j’en faisais tout autant. Si ce n’est plus.

 

Mon humaine a appris à chercher toujours plus à me comprendre. Parce qu’au final, je la comprends bien plus qu’elle ne me comprend. J’ai cette faculté toute particulière, « intuitive » comme elle dit, de comprendre le monde, de comprendre les choses. Et moi je m’attèle à l’initier, que dis-je, à lui réapprendre ce langage, enfoui tout au fond de mon humaine et ses semblables. Faut dire que j’ai une bonne élève, elle a fait le premier pas dans cette direction, et j’arrive à garder son attention. Mais le chemin est encore long pour cette humaine peu assurée.

 

Au final, je crois que mon humaine me comprend plutôt pas trop mal… pour une humaine. Je vois qu’elle fait des efforts, qu’elle me regarde longuement, en réfléchissant, comme si elle cherchait à lire en moi. Je vois qu’elle a une envie de folle de me comprendre au mieux.  Et c’est à ça que je me consacre un petit peu à chaque fois que l’on se voit. Mais de mon côté, nul besoin de « travail ». Je demande juste à ce qu’elle m’écoute, qu’elle laisse venir à elle ce que je lui dis, et elle comprendra.

 

J'ai retrouvé le sourire !

J’ai retrouvé le sourire !

21 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Wahouu! Ton article est super j’aime trop la manière dont tu abordes les choses et tes petits « je crois ». Bref encore parfait comme d’hab 😉
    Salomé Articles récents…Cavalcade des Blogs – Edition n°8My Profile

    Publié le 21 juillet 2014 à 11:47
    • Amaya

      Merci Salomé ! 🙂

      Publié le 21 juillet 2014 à 13:18
  2. Oui bien sympa cette vision des choses vue de l’intérieur de Kalinka !
    C’est amusant tu t’exprimes exactement comme Sophie Ducca dans son livre « tête de mule » 😉

    Je ne me suis pas encore penchée sur ma participation, mais cela ne saurait tarder !!
    Gaelle Articles récents…« Le silence des chevaux » par Pierre EnoffMy Profile

    Publié le 21 juillet 2014 à 12:32
    • Amaya

      Ah oui ? ^^ Il va vraiment falloir que je le lise ce livre ! 🙂

      J’ai hâte de lire le tien alors !

      Publié le 21 juillet 2014 à 13:19
  3. Il est tellement beau cet article ! Tellement vrai et plein de sens. Je suis sûre qu’elle doit penser plein de bonnes choses de toi, cette Kalinka.
    Et que ça durera longtemps encore !!
    Soon a horse Articles récents…Si j’étais un cheval – ce jour làMy Profile

    Publié le 21 juillet 2014 à 13:11
    • Amaya

      Merci beaucoup Cyrielle ! 🙂
      J’espère en effet qu’elle pense de bonnes choses de moi et qu’elle ne me voit pas trop comme un boulet (ce qu’elle devait probablement penser à nos débuts 😛 ).

      Publié le 21 juillet 2014 à 13:26
  4. Super article, j’adore! Tous les cavaliers devraient être a l’écoute de leur équidé. Il a tant a nous dire…

    Publié le 21 juillet 2014 à 13:25
    • Amaya

      Tu as tout à fait raison Océane ! 😉

      Publié le 21 juillet 2014 à 13:52
  5. Magnifique, j’adore 😉 J’aime bien quand elle dit « je l’ai bien éduquée mon humaine » ^^ ça me rappelle les paroles d’une chanson : Qui de nous deux deux inspire l’autre ?
    Philippine Articles récents…Pouliche battanteMy Profile

    Publié le 22 juillet 2014 à 10:27
  6. Top !! C’est se mettre dans la peau des chevaux, après je doute qu’ils pensent à tous ça ^^mais c’est déjà un grand pas vers le bien être de nos animaux !!!

    Très bien écrit, très plaisant à lire, j’adore 😀

    Publié le 27 juillet 2014 à 14:22
    • Merci ! 🙂

      Moi je pense le contraire, ils pensent beaucoup de choses, mais certainement pas de la même manière que la nôtre. Ici je le dis avec mes mots et mes pensées d’être humain parce que je n’ai pas d’autre moyen de l’exprimer 🙂 .

      Publié le 27 juillet 2014 à 17:26
  7. ah c’est sur, mais je pense que leur pensée est plus limité que la notre !
    J’évite à tout prix de tomber dans l’anthropomorphisme ^^ donc je préfère me dire ça 😛
    Tayci Articles récents…Mercredi 30 JuilletMy Profile

    • Je ne suis pas du même avis, je pense même tout le contraire de « plus limitée que la nôtre » ^^. Et je ne pense pas faire de l’anthropomorphisme (chose que je me garde bien de faire pour tout) en disant qu’ils pensent aussi. Seulement d’une autre manière que la nôtre, comme je te l’ai dit, ils ont une sensibilité autre. J’essaye juste de mieux comprendre mon cheval, en essayant de me mettre à sa place, en étant cheval, et non le contraire 😉 .

  8. Permettez au vieux linguiste que je suis de vous dire, Amaya, que votre article est plein de sensibilité, de fraîcheur, et d’intelligence.
    Ce n’est pas de l’anthropomorphisme que vous faites, mais de l’empathie, une qualité bien rare chez les humains.
    J’ai l’impression de relire l’histoire du Petit Prince et du renard (Saint-Exupéry).
    À croire que votre région de Strasbourg est l’astéroïde B 612 !
    Longue vie à votre blog 🙂 !

    • Et bien merci beaucoup pour le compliment.

      Voilà, c’est le mot que je cherchais tout à l’heure en réponse au commentaire de Tayci, « empathie ».
      Il me faudrait me replonger dans ce livre, c’est tout juste si je m’en souviens !

      Merci pour le blog 🙂 .

    • Merci Natalia 🙂 .
      Oui c’est ça qui est intéressant, pour un même sujet, il y a une très grande diversité de points de vue et de façon d’aborder le sujet !

  9. Rétrolien: Clôture de l’édition n°8 de la Cavalcade des Blogs | La Cavalière Blonde